DISTANCE : 280 km
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DIFFICULTÉ : 2/5
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BEAUTÉ DES PAYSAGES : 5/10
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BUDGET : 230.93€
DÉCOUVRIR LA NORMANDIE AUTREMENT
Bien sûr, la Normandie, tout le monde connaît : Rouen, Caen, et le Deauville où se pressent tous les week-ends les Parisiens, pour je ne sais quelle raison qui m’échappe. A moins que ce ne soient eux qui s’échappent, mais tous ensemble au même moment : incapables de se fuir. Ce n’est pas de cette Normandie là que je veux te parler, mais de l’autre. Plutôt même des autres, parce qu’il y a La Manche aussi (le département, hein). Sinon, du Mont-Saint-Michel, on ne cause pas : je suis breton.
Aujourd’hui, partons vers la Normandie profonde, ignorée. Pas de tous, tu vas vite t’en apercevoir. On ne s’intéresse jamais assez à ce dont personne ne parle ; ça cache toujours quelque chose. Quand on te rebat les oreilles avec un thème foireux de la prochaine présidentielle, regarde quelle loi est en train de passer sur la Sécu ou les transports… Bref, partons dans l’Orne, jusqu’à ses confins. Alençon, Sées, Mortagne-au-Perche, des notes prononcées d’un exotisme devenu hyper tendance. Si tu t’aventures jusque Saint-Cénéri-le-Gérei, là t’es prêt pour les soirées de l’ambassadeur. Ceux qui connaissent le coin savent qu’on chevauche déjà, dans ce village « parmi-les-plus-beaux-de-France », la Sarthe et la Mayenne. Mais on s’en branle.

POURQUOI JE VEUX T’EMMENER LÀ-BAS ?
À cela, trois raisons. Les routes sont belles et les virages pullulent. Les patelins sont magnifiques. Enfin, il nous faut parler haut et fort de cette région qu’on nous planque depuis trop longtemps ! Et j’ai ma petite idée sur le sujet…
Tu connais le goubelin normand ? Ce petit être facétieux, coquin, l’elfe du nord, qui a compris que pour vivre heureux, il faut vivre caché. Dans le département de la Manche, où on ira un jour, près de la pointe de la Hague, on les appelait les drôles, mot dérivé du scandinave troll, que tu connais puisque tu fréquentes le Net. Eh bien je crois qu’un goubelin chuchote à l’oreille de chaque maire de village de l’Orne. Aucune autre explication ne résout sinon ce mystère épais : pourquoi ces patelins ont-ils gardé leur âme d’antan ? Prenons Beaulieu, que 95% de la population française ignore puisque personne n’y passe : des maisons de briques usées, des fermes immenses aux granges de pierre où les vaches boulotent un brin d’herbe séchée puis retournent aux champs ouverts, une église trapue dont le clocher pousse le ciel du menton, une place paisible où tu lapes ton café perdu dans des pensées de reconversion, une route centrale au bitume religieusement lisse et noir… Y a un loup. Pas de lotissement, pas de crépis sur les vieux commerces, ce bled est resté conforme aux descriptions de Balzac ou Flaubert, sans pour autant être devenu un musée. Forcément, c’est un coup du goubelin !
Mais moi je ne crains pas le goubelin, parce qu’on fait la même taille et qu’on partage le même esprit pervers. La preuve, j’ai gardé le Yamaha Niken GT pour ce second trip Kap2cap. Il s’est dévoilé un peu plus encore qu’en Picardie, les routes normandes un poil plus larges et mieux revêtues lui ont permis de rayer le bitume souvent propre du bout des ongles de ses repose-pieds. Parce que c’est un sacré outil pour attaquer, ce Niken, si ce n’était son poids si présent. Les virages envisagés avec trop d’optimisme se vengent en attirant le pesant engin vers l’extérieur. Il faut alors le ramener à soi avec le frein arrière. D’ailleurs les goubelins n’en sont pas revenus. Déguisés sous une forme humaine, certains n’ont pu contenir leur curiosité : « ça se conduit avec le permis auto ? on trouve les pneus facilement ? » Non, pour l’avant, seuls les Bridgestone d’origine ne sont homologués. Mais avant de les faire couiner, tu te seras vidé de tes biles…
Le Niken, Angélique et moi, on a donc enquêté sur cette région oubliée. On a fini par comprendre qu’une richesse discrète (ça existe et tu ne les trouveras pas sur Insta) s’était emparée de cette Basse-Normandie pour y entretenir de centenaires demeures propices aux week-ends sereins dont Deauville n’a aucune idée. Indice : les haras à foison, avec le clou du spectacle à Le-Pin-au-Haras. Un château trône en son centre, avec des écuries louisquatorziennes, des balades en calèche, des maisons de maître, et pas un troquet ni même un Spar ! Ça sent fort la France d’Ancien Régime, dans un silence feutré, un moelleux de vieux fauteuil. Le goubelin est conservateur, et aussi fin gourmet. Je ne doute pas non plus qu’il soit motard. Et maître de la météo : après qu’il ait compris qu’on était sur sa piste, il nous a balancé le dimanche des hectolitres de flotte, qui ne m’ont pas rebuté. Je l’ai dit, je suis breton.
Ah si, un dernier mot. Tu te demandes pourquoi on est parti de Mantes-la-Ville, collée à Mantes-la-Jolie. Pour que les motards de l’ouest parisien se rendent compte des routes qui les attendent exactement 600 m après Buchelay, pour les mener direct en Normandie. C’est mon côté routard engagé. On n’a pas vu un seul radar au fil du road trip.
EN CHIFFRES
LES SPOTS A NE PAS MANQUER
LE ROAD TRIP
Section 1 // De Mantes-la-Ville à Nonancourt
DISTANCE : 51.9 km
DIFFICULTÉ : 2.5/5
Route
Section 2 // De Nonancourt à Le Pin-au-Haras
DISTANCE : 94.6 km
DIFFICULTÉ : 2/5
Route
Section 3 // Du Pin-au-Haras à Sées
DISTANCE : 20.3 km
DIFFICULTÉ : 2.5/5
Route
Section 4 // De Sées à Champfrémont
DISTANCE : 45.3 km
DIFFICULTÉ : 2/5
Route
Section 5 // De Champfrémont à Bellême
DISTANCE : 66.7 km
DIFFICULTÉ : 2,5/5
Route
LES SPOTS À DÉCOUVRIR EN NORMANDIE
CET ARTICLE A ÉTÉ ÉCRIT PAR ZEF ENAULT : « Motard Terme plus trop en vogue, mais il me définit bien : un motard. Chouette mot je trouve, il cristallise la nostalgie qui m’habite, que j’assume : mes premières 125(Yam’ DTLC, Honda NSR), les virées aux 24 H du Mans, de 1990 à 1994. Par je ne sais quel enchantement, je suis passé de l’autre côté des barbelés, après deux saisons de championnat de vitesse : j’étais en 1996 au départ des 24 H du
Mans, que j’ai courus dix fois par la suite. Sept Bol d’Or aussi et, rêve ultime, les 8 H de Suzuka. J’ajoute six Moto Tour, autre épreuve extraordinaire
d’endurance. Entre temps, j’ai été embauché par Moto Journal (maîtrise de philo en poche), après un an chez Option Moto. Sur les traces de Bertrand
Sebileau, idole de jeunesse. Un motard. J’y ai rencontré Lolo, autre motard. Puis Café Racer m’a proposé de devenir rédac’ chef d’un mag’ sur les motos
anglaises. Ça n’a pas marché mais j’y ai chopé le goût de l’histoire. Cinq bouquins en sont nés, dont deux pour la FFM. Je me suis frotté aussi à
l’Internet, avec un petit site disparu, à la télé (V6 Moto, autre point commun avec Lolo), pour enfin venir ici. Retour à mes premiers émois : le road trip.
Motard… »
